Deux professionnels se tapent dans la main pour illustrer l’assertivité, la coopération et une communication constructive au travail.

Assertivité au travail : une compétence clé, moins évidente qu’il n’y paraît

On parle beaucoup d’assertivité, mais le mot reste souvent flou. Pour certains, c’est savoir dire non. Pour d’autres, c’est oser parler plus fort, poser ses limites ou ne plus se laisser faire. En réalité, l’assertivité est plus subtile : c’est une manière de prendre sa place dans la relation, sans s’effacer, sans attaquer et sans manipuler.

Dans les entreprises, cette nuance change beaucoup de choses. Car la qualité d’un échange ne dépend pas seulement de ce qui est dit. Elle dépend aussi de la façon dont chacun se positionne : avec clarté, avec respect, avec responsabilité. L’assertivité permet précisément cela. Elle aide à dire les choses importantes sans durcir la relation. Elle permet de nommer une limite sans fermer la porte. Elle rend possible un désaccord sans transformer l’échange en confrontation.

L’assertivité consiste à exprimer clairement ses besoins, ses limites, ses désaccords, ses ressentis ou ses demandes, tout en respectant les droits, les besoins et la place de l’autre. Elle repose sur une idée simple, mais exigeante dans la pratique : je compte, et l’autre compte aussi.

Ce n’est donc ni une posture de pouvoir, ni une technique pour obtenir gain de cause. C’est une manière d’installer une relation d’égalité. Dans un contexte professionnel, cela peut se traduire par une phrase comme : « Je comprends l’urgence du dossier, et je ne pourrai pas garantir un travail fiable pour demain matin sans arbitrage sur les priorités. » Le message est clair. La limite est posée. La relation reste ouverte.

L’assertivité n’a rien de brutal. Elle n’ajoute pas de tension inutile. Elle évite au contraire les malentendus, les faux accords, les frustrations accumulées et les résistances qui s’installent quand les choses importantes ne sont pas dites.

Dans la réalité du travail, l’assertivité est souvent remplacée par trois postures moins confortables:

On dit oui alors que l’on pense non. On accepte une charge supplémentaire sans en mesurer les conséquences. On ne contredit pas en réunion, mais on ressort avec un malaise. Cette posture donne parfois l’impression de préserver la relation à court terme. Pourtant, elle crée souvent de la frustration, de la fatigue et une perte de confiance dans l’échange.

Ici, la personne impose, coupe, juge ou prend le dessus. Elle cherche à faire passer son point de vue, mais la relation se contracte. En réunion, cela peut ressembler à : « Ce que vous proposez ne tient pas debout. » Le fond est peut-être recevable, mais la forme ferme l’écoute. L’autre se protège, se justifie ou se retire.

Elle est plus discrète, mais très coûteuse pour les équipes. Les choses ne sont pas dites directement. Elles passent par l’ironie, les sous-entendus, les petites piques, le retrait ou la résistance silencieuse. On répond tardivement à un message. On dit « comme vous voulez » avec une tension à peine voilée. On accepte officiellement, puis on freine officieusement.

L’assertivité permet d’aborder les sujets au bon niveau, avec une parole claire et une intention constructive. Elle ne cherche pas à prendre le dessus, mais à rendre la relation plus lisible. En posant les choses avec justesse, elle réduit les malentendus, sécurise les échanges et crée les conditions d’une coopération plus fiable.

L’assertivité améliore profondément la qualité des relations professionnelles parce qu’elle agit sur des situations très concrètes.

Face à une demande floue, elle permet de clarifier : « Pour avancer correctement, j’ai besoin de savoir quel résultat est attendu et pour quelle échéance. » Face à un délai irréaliste, elle aide à poser une limite sans refuser la coopération : « Je peux traiter ce sujet cette semaine, mais pas avec ce niveau de qualité si tout reste prioritaire. » Face à une objection client, elle permet de rester solide sans devenir défensif : « Je comprends votre réserve. Ce que je peux vous préciser, c’est le bénéfice attendu sur ce point précis. »

En management, l’assertivité est précieuse dans les recadrages, les arbitrages et les décisions sensibles. Un manager assertif ne contourne pas les sujets inconfortables, mais il ne les transforme pas non plus en jugement personnel. Il peut dire : « Le compte rendu n’a pas été envoyé dans le délai prévu. Cela a bloqué l’équipe commerciale. Regardons comment éviter que cela se reproduise. »

Dans la coopération, l’assertivité fluidifie aussi les désaccords. Une équipe qui sait se dire les choses peut décider plus vite, ajuster plus tôt et éviter que les tensions ne deviennent des conflits installés.

Robert E. Alberti et Michael L. Emmons ont largement contribué à populariser l’assertivité avec leur ouvrage Your Perfect Right, publié en 1970. Leur approche a marqué les pratiques de communication en mettant l’accent sur une idée forte : chacun peut défendre ses droits, exprimer ses besoins et faire valoir sa place sans nier celle de l’autre.

Cette vision reste très actuelle en entreprise. L’assertivité n’est pas une affirmation de soi contre les autres. C’est une affirmation de soi avec les autres. Elle ne cherche pas à gagner une relation, mais à la rendre plus claire, plus équilibrée et plus responsable.

Manuel J. Smith, dans When I Say No, I Feel Guilty, publié en 1975, a également contribué à structurer cette approche, notamment à travers ce qui est souvent associé à la « Bill of Assertive Rights ». Ces droits assertifs peuvent être lus aujourd’hui comme des repères professionnels très concrets.

Vous avez le droit de dire non. Le droit de faire valoir vos besoins, vos limites et vos droits. Le droit de ne pas tout justifier. Le droit de changer d’avis. Le droit de commettre des erreurs et d’en assumer les conséquences. Le droit de dire « je ne sais pas ». Le droit de ne pas dépendre entièrement du regard ou de l’approbation des autres. Le droit de ne pas être parfait. Le droit de prendre du temps pour réfléchir avant de répondre. Le droit de dire « je ne comprends pas » et de demander une clarification.

Ces repères ne sont pas des permissions à brandir contre les autres. Ils permettent plutôt de sortir de la culpabilité, de la justification permanente, des faux oui, de la suradaptation et des tensions non exprimées. Ils aident à retrouver une base intérieure plus stable pour se positionner avec justesse.

L’assertivité n’est pas seulement une compétence individuelle, ni une qualité attendue uniquement du manager. Dans une équipe, elle devient un indicateur de maturité relationnelle : chacun contribue à la qualité des échanges par sa manière de formuler un besoin, de poser une limite, de demander une clarification ou d’exprimer un désaccord.

Une équipe assertive n’attend pas que tout vienne d’en haut. Elle sait nommer ce qui mérite de l’être, sans transformer chaque sujet sensible en rapport de force. Lorsqu’un collaborateur exprime clairement une alerte, une incompréhension ou une difficulté, il rend la situation plus lisible pour son manager. Il lui permet d’ajuster, de clarifier, d’arbitrer ou de décider avec de meilleurs éléments.

Cette posture crée une dynamique plus responsable. Elle invite chacun à sortir du non-dit, de l’attente silencieuse ou de la plainte en aparté pour participer plus activement au climat de coopération. Progressivement, elle élève aussi la qualité du dialogue managérial : les échanges deviennent plus précis, les attentes mieux formulées, les décisions plus partagées et les tensions plus faciles à traiter.

Dans un environnement où les priorités changent vite et où la pression relationnelle augmente, cette compétence devient stratégique. Elle permet de travailler en adulte avec d’autres adultes, de fluidifier les échanges et de préserver la qualité du lien, même lorsque les sujets sont sensibles.

Chez Flow Humans, nous abordons l’assertivité comme une dimension centrale de l’agilité relationnelle. Cette compétence se développe, et c’est tout l’enjeu de notre accompagnement : aider les entreprises à installer des échanges plus clairs, plus ajustés et plus constructifs.

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Sources
Robert E. Alberti & Michael L. Emmons, Your Perfect Right, 1970.
Manuel J. Smith, When I Say No, I Feel Guilty, 1975.

Patricia HOAREAU Formatrice en agilité relationnelle & Consultante DISC

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